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En couverture
Le pont de Jal el-Dib
Démantèlement et reconstruction
L’émotion suscitée par la tragédie de Fassouh a contraint les responsables d’activer le dossier du pont métallique décrépi de Jal el-Dib, qui traîne depuis plusieurs mois. Une mobilisation tardive qui met en cause l’immobilisme de la chaîne de décisions, des municipalités au Conseil du développement et de la reconstruction (CDR). Non entériné, le projet de remplacement est encore à l’étude.
Construit aux débuts des années 80 pour servir de solution temporaire au problème de trafic sur le principal axe autoroutier du pays, le pont de Jal el-Dib a toujours été voué à être remplacé par un pont plus solide en béton. Mais aujourd’hui, il y a urgence. Le délabrement du pont saute aux yeux. Les fondations métalliques rouillent, le bitume se détache et les rambardes se dévissent. La psychose post-Fassouh a porté ses fruits. Après l’alerte lancée par le ministre des Travaux publics et des Transports, Ghazi Aridi (voir encadré), le Conseil du développement et de la reconstruction a dépêché sur place l’ingénieur Elie Hélou pour examiner le pont. Il a tenté de rassurer l’opinion publique. «L’état du pont est stable et acceptable, et n’a pas changé depuis des mois. Il n’y a pas de danger imminent. Le suivi est constant. Mais cela ne signifie pas que l’ouvrage est en bon état. Nous avons envoyé un message au Conseil des ministres en octobre dernier afin qu’il soit démantelé au plus vite», assènera-t-il. Le même constat qu’il y a plus d’un mois.
Pourtant, cette fois-ci, les autorités ont réagi. Au milieu de la semaine dernière, le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a décidé d’interdire aux poids lourds d’emprunter le pont. Et ce mardi, après un exposé détaillé du président du CDR, Nabil Jisr, le Conseil des ministres a autorisé l’organisme à débuter les travaux de démantèlement du pont et la construction d’un pont autoroutier en U, conformément aux plans existants. Mais le dossier est loin d’être clos.
Sept projets de substitution
Bien avant l’appel lancé la semaine dernière par le ministre des Travaux publics et des Transports, la question du pont de Jal el-Dib agite en réalité la région depuis longtemps. «Au cours des vingt dernières années, pas moins de sept projets de substitution ont été proposés par les experts du CDR», explique l’ingénieur Claude Boueiri interrogé par Magazine, qui habite sur les hauteurs de Zalka. «Ils se ressemblent tous, peu ou prou. Tous ont buté sur le refus des municipalités qui longent l’autoroute». Voilà le vrai nœud du problème.
Le projet du CDR ne se limite pas au remplacement du pont. Il s’agit d’un réaménagement du réseau routier destiné à décongestionner le trafic automobile dans cette zone.
Les sept versions du projet du CDR, qui diffèrent selon les critères géographiques, nécessitent des travaux qui débordent à l’intérieur des municipalités en périphérie de l’autoroute qui, elle, est du ressort des autorités de l’Etat. En plus du pont en U qui sera construit sur l’autoroute, il va falloir aménager deux bretelles. Dans le projet directeur, la première, qui permettra aux automobilistes venant du nord d’entrer à Jal el-Dib, doit déboucher en fait sur la rue Salhab gérée, elle, par la municipalité d’Antélias, qui donne accès à la route intérieure parallèle à l’autoroute. La deuxième, de la route intérieure à l’autoroute, doit mener les habitants de Jal el-Dib vers la capitale.
Or le projet implique des modifications sur les communes en question, comme des démolitions ou des expropriations de terrain. Pour mettre en œuvre le projet dans sa globalité, le CDR doit donc avoir l’approbation des municipalités de Jal el-Dib, Antélias et Amaret Chalhoub-Zalka. Jusqu’à aujourd’hui, c’est là que le bât blesse. Les maires craignent deux choses. D’abord, que le projet ne finisse par simplement déplacer le bouchon de l’autoroute aux artères intérieures dans leur commune. Et ensuite, que le CDR, financé par l’Etat, en investissant le moins d’argent possible en travaux, aille vers le moins-disant.
Projet de recours bientôt?
Dans l’idéal, les maires seraient plutôt favorables à un pont à plusieurs bretelles qui desserviraient toutes leurs municipalités. Claude Boueiri reprend l’argument financier. «Le projet global du CDR coûterait entre 9 et 10 millions de dollars. S’il fallait rajouter des bretelles, il faudrait débourser 20 millions de plus. Et puis, les espaces dans ces villes sont assez réduits». Il y a un terrain d’entente à trouver.
Et pour mettre tout le monde d’accord, le gouvernement a fait appel de ses membres les plus discrets. Samir Mokbel est un vice-Premier ministre qui ne fait pas de vagues. Pourtant, si la question du pont de Jal el-Dib est aujourd’hui réactivée, on le lui doit en grande partie. Diplômé d’ingénierie civile et président-fondateur d’une grande société de construction, il a été chargé par le gouvernement de suivre le dossier avec ses principaux acteurs. Depuis le mois d’octobre dernier, il réunit régulièrement Nabil Jisr, le président du conseil municipal de Jal el-Dib, Edouard Abou Jaoudé, son homologue d’Antélias, Elie Farhat et le directeur général des Municipalités, rattaché au ministère de l’Intérieur, Khalil Hajal.
Sur le terrain, les travaux sont en stand-by. La route parallèle qui jouxte le pont côté Est a été élargie pour permettre la mise en place de trois voies sur le trajet de Beyrouth vers le nord et compenser celle qui sera fermée à la circulation lorsque le démantèlement du pont devra commencer. Mercredi matin, la police de la circulation a ordonné une réorganisation du trafic visant à neutraliser le secteur routier autour du pont de Jal el-Dib. Les responsables craignent cependant des bouchons monstres. Le général Joseph Doueihy, responsable au sein des Forces de sécurité intérieure (FSI) de la région du Mont-Liban, explique qu’avec les déviations prévues de la circulation, «les bouchons qui existaient sous le pont de Jal el-Dib se déplaceront vers les ponts d’Antélias et les artères intérieures. Les habitants de la zone doivent s’attendre à passer plus de temps sur les routes».
En tout état de cause, la reconstruction du pont, telle que dessinée sur les plans du CDR, «pourraient prendre un an et demi», selon le vice-Premier ministre. Michel Murr appelle, lui, les responsables à ne pas se précipiter. «Nous ne voulons entrer en conflit ni avec le CDR, ni avec le gouvernement. Il s’agit là d’une question importante qui concerne la vie de dizaines de milliers de personnes».
Nabil Jisr est dans le même état d’esprit. «Les travaux de démantèlement du pont débuteront dans le courant de la semaine prochaine», promet-il, tout en indiquant qu’ils ne commenceraient pas avant un accord entre toutes les parties sur le projet de substitution».
Le drame de Fassouh continue de trotter dans les têtes, et la réaction des responsables, qui ont fini par prendre des dossiers à bras-le-corps, se révèle encourageante. Mieux vaut tard que jamais mais comme dit l’autre adage, vigilance tombe bien vite. Julien Abi-Ramia
3 QUESTIONS A Ghazi ARIDI, ministre des TP
Pourquoi avoir tiré la sonnette d’alarme?
Il y a plusieurs mois, le ministère dont j’ai la charge a dépêché sur le pont de Jal el-Dib des experts pour examiner sa structure. Ils m’ont alerté de son mauvais état. J’ai donc envoyé au CDR un mémo pour qu’il prenne en charge le dossier.
Quel sera le rôle de votre ministère dans ces travaux?
Des premières mesures ont déjà été prises. La machine est lancée. Désormais, c’est au CDR de diriger les opérations sur le terrain. Mon rôle politique était d’avertir les organismes compétents et de permettre le début des travaux qui devenaient urgents.
Le monde politique prend enfin le problème à bras-le-corps…
Même si je n’étais pas présent à la séance du Conseil des ministres qui a autorisé le CDR à commencer le démantèlement du pont, je peux vous dire que nous nous sentons tous concernés par ces dossiers. Et puis, nous avons pris conscience de l’urgence de la situation qui nous obligeait à prendre cette décision. Propos recueillis par J. A-R.
Des politiques sérieux
Samir Mokbel a aussi bien rencontré Samy Gemayel que les élus du Bloc du changement et de la réforme. Si le député phalangiste a «salué la volonté et le travail de Samir Mokbel pour rapprocher les points de vue», Nabil Nicolas, interrogé par Magazine, dit soutenir, avec sa verve habituelle, la vision des présidents de municipalités, refusant «la construction d’un pont qui passerait par Jal el-Dib, car il ne ferait que compliquer les choses. Cette région connaît des embouteillages monstres. Il est inadmissible de prendre en otage des habitants du Metn-Nord». Autre réaction mi-figue, mi-raisin, celle du député Michel Murr, partie prenante des réunions organisées par Samir Mokbel. La dernière en date s’est déroulée mardi soir. «Je remercie le président de la République, Michel Sleiman, et Samir Mokbel pour avoir inscrit la question du pont de Jal el-Dib à l’examen du dernier Conseil des ministres. Mais nous considérons que les travaux de démantèlement ne doivent commencer qu’après l’entérinement par les municipalités du projet qui le remplacera. Nous avons besoin de plus de temps pour étudier les plans du CDR».
Démantèlement et reconstruction
L’émotion suscitée par la tragédie de Fassouh a contraint les responsables d’activer le dossier du pont métallique décrépi de Jal el-Dib, qui traîne depuis plusieurs mois. Une mobilisation tardive qui met en cause l’immobilisme de la chaîne de décisions, des municipalités au Conseil du développement et de la reconstruction (CDR). Non entériné, le projet de remplacement est encore à l’étude.
Construit aux débuts des années 80 pour servir de solution temporaire au problème de trafic sur le principal axe autoroutier du pays, le pont de Jal el-Dib a toujours été voué à être remplacé par un pont plus solide en béton. Mais aujourd’hui, il y a urgence. Le délabrement du pont saute aux yeux. Les fondations métalliques rouillent, le bitume se détache et les rambardes se dévissent. La psychose post-Fassouh a porté ses fruits. Après l’alerte lancée par le ministre des Travaux publics et des Transports, Ghazi Aridi (voir encadré), le Conseil du développement et de la reconstruction a dépêché sur place l’ingénieur Elie Hélou pour examiner le pont. Il a tenté de rassurer l’opinion publique. «L’état du pont est stable et acceptable, et n’a pas changé depuis des mois. Il n’y a pas de danger imminent. Le suivi est constant. Mais cela ne signifie pas que l’ouvrage est en bon état. Nous avons envoyé un message au Conseil des ministres en octobre dernier afin qu’il soit démantelé au plus vite», assènera-t-il. Le même constat qu’il y a plus d’un mois. Pourtant, cette fois-ci, les autorités ont réagi. Au milieu de la semaine dernière, le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a décidé d’interdire aux poids lourds d’emprunter le pont. Et ce mardi, après un exposé détaillé du président du CDR, Nabil Jisr, le Conseil des ministres a autorisé l’organisme à débuter les travaux de démantèlement du pont et la construction d’un pont autoroutier en U, conformément aux plans existants. Mais le dossier est loin d’être clos.
Sept projets de substitution
Bien avant l’appel lancé la semaine dernière par le ministre des Travaux publics et des Transports, la question du pont de Jal el-Dib agite en réalité la région depuis longtemps. «Au cours des vingt dernières années, pas moins de sept projets de substitution ont été proposés par les experts du CDR», explique l’ingénieur Claude Boueiri interrogé par Magazine, qui habite sur les hauteurs de Zalka. «Ils se ressemblent tous, peu ou prou. Tous ont buté sur le refus des municipalités qui longent l’autoroute». Voilà le vrai nœud du problème.
Le projet du CDR ne se limite pas au remplacement du pont. Il s’agit d’un réaménagement du réseau routier destiné à décongestionner le trafic automobile dans cette zone.
Les sept versions du projet du CDR, qui diffèrent selon les critères géographiques, nécessitent des travaux qui débordent à l’intérieur des municipalités en périphérie de l’autoroute qui, elle, est du ressort des autorités de l’Etat. En plus du pont en U qui sera construit sur l’autoroute, il va falloir aménager deux bretelles. Dans le projet directeur, la première, qui permettra aux automobilistes venant du nord d’entrer à Jal el-Dib, doit déboucher en fait sur la rue Salhab gérée, elle, par la municipalité d’Antélias, qui donne accès à la route intérieure parallèle à l’autoroute. La deuxième, de la route intérieure à l’autoroute, doit mener les habitants de Jal el-Dib vers la capitale.
Or le projet implique des modifications sur les communes en question, comme des démolitions ou des expropriations de terrain. Pour mettre en œuvre le projet dans sa globalité, le CDR doit donc avoir l’approbation des municipalités de Jal el-Dib, Antélias et Amaret Chalhoub-Zalka. Jusqu’à aujourd’hui, c’est là que le bât blesse. Les maires craignent deux choses. D’abord, que le projet ne finisse par simplement déplacer le bouchon de l’autoroute aux artères intérieures dans leur commune. Et ensuite, que le CDR, financé par l’Etat, en investissant le moins d’argent possible en travaux, aille vers le moins-disant.
Projet de recours bientôt?
Dans l’idéal, les maires seraient plutôt favorables à un pont à plusieurs bretelles qui desserviraient toutes leurs municipalités. Claude Boueiri reprend l’argument financier. «Le projet global du CDR coûterait entre 9 et 10 millions de dollars. S’il fallait rajouter des bretelles, il faudrait débourser 20 millions de plus. Et puis, les espaces dans ces villes sont assez réduits». Il y a un terrain d’entente à trouver.
Et pour mettre tout le monde d’accord, le gouvernement a fait appel de ses membres les plus discrets. Samir Mokbel est un vice-Premier ministre qui ne fait pas de vagues. Pourtant, si la question du pont de Jal el-Dib est aujourd’hui réactivée, on le lui doit en grande partie. Diplômé d’ingénierie civile et président-fondateur d’une grande société de construction, il a été chargé par le gouvernement de suivre le dossier avec ses principaux acteurs. Depuis le mois d’octobre dernier, il réunit régulièrement Nabil Jisr, le président du conseil municipal de Jal el-Dib, Edouard Abou Jaoudé, son homologue d’Antélias, Elie Farhat et le directeur général des Municipalités, rattaché au ministère de l’Intérieur, Khalil Hajal.
Sur le terrain, les travaux sont en stand-by. La route parallèle qui jouxte le pont côté Est a été élargie pour permettre la mise en place de trois voies sur le trajet de Beyrouth vers le nord et compenser celle qui sera fermée à la circulation lorsque le démantèlement du pont devra commencer. Mercredi matin, la police de la circulation a ordonné une réorganisation du trafic visant à neutraliser le secteur routier autour du pont de Jal el-Dib. Les responsables craignent cependant des bouchons monstres. Le général Joseph Doueihy, responsable au sein des Forces de sécurité intérieure (FSI) de la région du Mont-Liban, explique qu’avec les déviations prévues de la circulation, «les bouchons qui existaient sous le pont de Jal el-Dib se déplaceront vers les ponts d’Antélias et les artères intérieures. Les habitants de la zone doivent s’attendre à passer plus de temps sur les routes».
En tout état de cause, la reconstruction du pont, telle que dessinée sur les plans du CDR, «pourraient prendre un an et demi», selon le vice-Premier ministre. Michel Murr appelle, lui, les responsables à ne pas se précipiter. «Nous ne voulons entrer en conflit ni avec le CDR, ni avec le gouvernement. Il s’agit là d’une question importante qui concerne la vie de dizaines de milliers de personnes».
Nabil Jisr est dans le même état d’esprit. «Les travaux de démantèlement du pont débuteront dans le courant de la semaine prochaine», promet-il, tout en indiquant qu’ils ne commenceraient pas avant un accord entre toutes les parties sur le projet de substitution».
Le drame de Fassouh continue de trotter dans les têtes, et la réaction des responsables, qui ont fini par prendre des dossiers à bras-le-corps, se révèle encourageante. Mieux vaut tard que jamais mais comme dit l’autre adage, vigilance tombe bien vite. Julien Abi-Ramia
3 QUESTIONS A Ghazi ARIDI, ministre des TP
Pourquoi avoir tiré la sonnette d’alarme?
Il y a plusieurs mois, le ministère dont j’ai la charge a dépêché sur le pont de Jal el-Dib des experts pour examiner sa structure. Ils m’ont alerté de son mauvais état. J’ai donc envoyé au CDR un mémo pour qu’il prenne en charge le dossier.
Quel sera le rôle de votre ministère dans ces travaux?
Des premières mesures ont déjà été prises. La machine est lancée. Désormais, c’est au CDR de diriger les opérations sur le terrain. Mon rôle politique était d’avertir les organismes compétents et de permettre le début des travaux qui devenaient urgents.
Le monde politique prend enfin le problème à bras-le-corps…
Même si je n’étais pas présent à la séance du Conseil des ministres qui a autorisé le CDR à commencer le démantèlement du pont, je peux vous dire que nous nous sentons tous concernés par ces dossiers. Et puis, nous avons pris conscience de l’urgence de la situation qui nous obligeait à prendre cette décision. Propos recueillis par J. A-R.
Des politiques sérieux
Samir Mokbel a aussi bien rencontré Samy Gemayel que les élus du Bloc du changement et de la réforme. Si le député phalangiste a «salué la volonté et le travail de Samir Mokbel pour rapprocher les points de vue», Nabil Nicolas, interrogé par Magazine, dit soutenir, avec sa verve habituelle, la vision des présidents de municipalités, refusant «la construction d’un pont qui passerait par Jal el-Dib, car il ne ferait que compliquer les choses. Cette région connaît des embouteillages monstres. Il est inadmissible de prendre en otage des habitants du Metn-Nord». Autre réaction mi-figue, mi-raisin, celle du député Michel Murr, partie prenante des réunions organisées par Samir Mokbel. La dernière en date s’est déroulée mardi soir. «Je remercie le président de la République, Michel Sleiman, et Samir Mokbel pour avoir inscrit la question du pont de Jal el-Dib à l’examen du dernier Conseil des ministres. Mais nous considérons que les travaux de démantèlement ne doivent commencer qu’après l’entérinement par les municipalités du projet qui le remplacera. Nous avons besoin de plus de temps pour étudier les plans du CDR».

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